Exclus des superdeals du numérique, les européens voient Softbank racheter ARM pour 32 milliards de dollars

Pendant ce temps, les Européens continuent de croire que pour faire du numérique il suffit d’un open space et d’un développeur pas cher qui sort de son école.

Le mois dernier, Softbank a revendu ses participations dans SuperCell (le développer de Clash of Clans) et Alibaba pour respectivement 8,6 milliards et 10 milliards de dollars – réalisant au minimum une plus-value de 6,5 milliards pour le seul Supercell.

Aujourd’hui, grâce au Brexit qui a revalorisé le Yen de 40% par rapport à la Livre Sterling, Softbank annonce le rachat d’ARM – le leader mondial des puces pour devices mobiles… pour 32 milliards de dollars.

Bienvenue dans le monde des Superdeals Numériques, un univers dont les européens sont largement absents, tirant vers le bas l’ensemble de leur écosystème numérique.

C’est toute l’intelligence de Masayoshi Son, le fondateur de Softbank, d’avoir su construire un acteur capable de jouer à armes égales avec les investisseurs US sur ce terrain. Déjà propriétaire de l’opérateur télécom Sprint, il acquiert un asset complémentaire, extrêmement rentable et stratégique pour lui et son pays.

Dommage que les européens n’aient pas cette vision. A force d’avoir trop écouté les mythes fondateurs de la Silicon Valley, ils ont tendance à croire que le numérique n’a besoin que de garages et d’open spaces, que c’est une industrie qui peut se développer en mode low cost. L’erreur est majeure.

Les startups ne sont plus de petites opérations qui combinent la croissance et l’ambition d’une multinationale avec le coût opérationnel d’une PME. Elles sont désormais parmi les entreprises les plus coûteuses et les plus consommatrices de capital du monde. À titre d’exemple, pris ensemble, Apple, Amazon, Facebook, Google et Twitter ont du dépenser 66 milliards de dollars d’investissement en 2014 pour pouvoir fonctionner. C’est huit fois plus qu’en 2009, et c’est deux fois plus que l’intégralité de l’industrie du Venture Capital aux Etats-Unis.

À l’exception d’Apple, ces investissements représentent à peu près l’équivalent de leur chiffre d’affaires, suivant un modèle économique qui valorise l’investissement plutôt que les bénéfices. Pour se représenter l’importance de ces sommes qui sont indispensables au fonctionnement de l’économie numérique, il suffit de se rappeler que les géants de l’énergie comme Gazprom, Petrochina et Exxon dépensent « seulement » entre 40 et 50 milliards de dollars par an pour fonctionner. Ou que les 5 géants du web ne possèdent pas plus de 60 milliards de dollars d’équipement et d’infrastructures, c’est-à-dire à peine autant que le seul General Electric. Et qu’ils n’emploient à eux 5 pas plus de 300 000 personnes dans le monde.

Malgré tous les discours publics sur le sujet, l’économie numérique n’est pas « Lean ». Les startups ne se créent pas sur un bout de table avec deux ou trois bonnes idées et un développeur pas cher. Elles ont besoin de capital pour pouvoir fonctionner. Faute de l’avoir compris, la France et l’Europe sont en train de perdre la main sur ce secteur. Il ne s’agit pas seulement de retenir les talents entrepreneuriaux. Il s’agit surtout d’être capable de continuer à garder une voix dans l’élaboration des règles du monde d’aujourd’hui. D’une manière ou d’une autre – en facilitant les investissements massifs, ils devront susciter dans les années à venir des acteurs capables d’intervenir sans frémir dans ces superdeals qui façonnent l’infrastructure matérielle et cognitive du numérique. Ce n’est ni une question de fatalité, ni une question de taille. En créant Temasek, Singapour a réussi à se doter d’un acteur de ce type. Pourquoi pas nous ?

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