Vu dans le Guardian: l’accès à l’information ne peut pas être laissé aux algorithmes des géants du web

Un peu daté (31 août – l’époque des émeutes de Ferguson aux USA), mais très intéressant article dans le Guardian sur la régulation algorithmique des informations qui va prendre de plus en plus d’importance au fur et à mesure que les timelines deviennent de plus en plus importantes pour les lectures quotidiennes des citoyens : We can’t let tech giants, like Facebook and Twitter, control our news values

En résumé :

  • Cela fait plusieurs années que des gens comme Vinton Cerf contestent la vocation des journaux dans l’accès à l’information… “the problem is there’s ‘news’ and there’s ‘paper’, and those are two separate things.”
  • Un moment-clé à eu lieu quand Dick Costolo, le DG de Twitter a décidé de prendre une décision éditoriale en suspendant les comptes qui diffusaient les images de la décapitation de l’otage américain James Foley.
  • Les plus grands distributeurs d’information ne sont plus News Corp ou les médias traditionnels, mais les algorithmes des géants du web qui régulent quelle information s’affiche ou non dans la timeline de quel usager.
  • Des sociologues comme Zeynep Tufekci se demandent comment s’assurer que des usagers ne se retrouvent pas coupés d’informations importantes – comme par exemple le jour des émeutes de Ferguson aux USA où sa propre timeline n’affichait que des informations relatives au Ice Bucket Challenge.
  • C’est à la fois une question de neutralité et de transparence éditoriale. Les manchettes de journaux ont perdu de leur importance pour impacter l’opinion publique, mais elles ont été remplacées par la prioritisation des informations dans l’algorithme des timelines.
  • Ce problème est d’autant plus important que la quantité d’information qu’un citoyen doit traiter pour s’informer a considérablement augmentée depuis quelques années – notamment en raison de la production d’informations par d’autres acteurs que les journalistes.
  • Il y a un véritable risque de transparence à voir des boites noires remplacer les comités éditoriaux dans la production et la diffusion d’informations.

La question semble légitime, mais il reste à voir comment tout cela pourrait se régler en pratique.

Sur le même sujet, il est intéressant aussi de lire Facebook and Engineering the Public de Zeynep Tufekci

L’article du Guardian est ici : We can’t let tech giants, like Facebook and Twitter, control our news values

3 réflexions sur « Vu dans le Guardian: l’accès à l’information ne peut pas être laissé aux algorithmes des géants du web »

  1. Je pense que les gens distinguent ces deux types d’informations : celles des journaux, et celles des timelines. On ne recherche pas la même nature d’information sur facebook ou sur lemonde.fr (vidéos marrantes ou chocs, anecdotes c/ l’actualité politique, économique, sociale), même si les contenus de ces derniers ont parfois tendance à se recouper. D’ailleurs, pour avoir plus de visibilité sur les timelines, les journaux publient davantage d’articles qui peuvent devenir viraux (aujourd’hui l’article le plus partagé du monde sur facebook : la couteuse rénovation de l’appartement du patron de la CGT, avec plus de 3000 partages). Il s’agit toujours d’articles chocs, surprenants ou indignants, qui permettent aux gens d’avoir un sujet de discussion pendant leurs pauses cafés.

  2. Je suis d’accord que l’information cherchée sur twitter n’est pas la même que celle cherchée sur le site d’un journal. Justement: twitter et facebook sont des plateformes que l’on suppose « neutres » quant à l’information diffusée. Intuitivement, je les classerais dans la catégorie « hébergeur » et non pas « éditeur », même si cette classification ne convient pas vraiment. On le voit bien dans l’article: « For the first time, Twitter acknowledged it was a platform that exercises editorial judgment. » (au moins c’est un comportement assumé) Ainsi, s’ils ne permettent pas la diffusion de certaines vidéos (à moins que cela soit une contrainte d’ordre légal ou réglementaire) ils se rapprochent du rôle d’un éditeur ce qu’ils ne sont pas.

    Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l’importance des timelines dans les diffusions d’informations, notamment twitter. Après tout, quand on suit le compte d’un journal, on s’attend à voir les articles partagés par ce journal et non pas une partie. Prenons l’exemple d’une newsletter par mail: demanderait-on à Google ou Yahoo de ne pas acheminer les courriels automatiques envoyés par les mêmes journaux à leurs abonnés si elles contiennent des vidéos de décapitation (en dehors de la discussion sur la confidentialité de la correspondance).

    La problématique de l’utilisation des réseaux sociaux par les organisations djihadistes est une problématique importante qu’il ne faut surtout pas négliger. Mais, d’après moi, ce n’est pas aux opérateurs privés d’opérer ce type de tri (qu’on l’appelle jugement éditorial ou censure) sans que lui soient imposées des mesures par le législateur qui lui représente le peuple souverain et doit protéger l’intérêt général. Ceci étant dit, ces mesures ne devraient pas être dirigées vers les réseaux sociaux mais vers les éditeurs. Le choix est bien évidemment politique.

  3. Je suis tout à fait d’accord avec Julien que les journaux utilisent de plus en plus souvent les réseaux sociaux pour plus de visibilité. En revanche, à mon point de vue, ce n’est pas uniquement à titre de divertissement. Moi j’y vois une amélioration de l’accessibilité des médias traditionnels (notamment les journaux), et par conséquent de l’information, via le digital. Cela illustre que les nouvelles technologies sont complémentaires des médias précédents : elles les enrichissent et leur donnent un rôle nouveau. C’est d’ailleurs une illustration qu’il faut moins parler d’un discours sur la disparition des médias traditionnels mais se concentrer d’avantage sur comment les médias traditionnels peuvent comprendre et exploiter les nouvelles formes de diffusion d’information. Selon Kevin Spacey, acteur et producteur de House of Cards : « Le public veut avoir le contrôle, il veut la liberté. Donnons aux gens ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, sous la forme qu’ils le veulent, à un prix raisonnable. ».

    Au vu de ce qui précède, la question de savoir quel rôle et de quelle manière les géants du web doivent jouer dans la régulation de l’accès à l’information reste très pertinente. Pour beaucoup de personnes la timeline représente une source d’informations non négligeable d’autant plus que souvent la timeline nous dévoile des informations qu’on n’a pas pu voir nous-mêmes sur des sujets susceptibles de nous intéresser. Plusieurs scénarios restent envisageables : le respect d’une soft law qui énoncerait des garde fous en cas de non autorisation de la diffusion d’une information ou même la mise en place d’une agence de notation qui mesurerait leurs niveaux de neutralité du net.

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