Jean-Baptiste Soufron

Tag Results

3 posts tagged vc

Et si les universités et les grandes écoles françaises créaient leurs propres fonds d’investissement ?

C’est un peu ce que vient de faire d’anciens étudiants de Harvard qui ont choisi d’installer leur fond directement sur le campus. 

http://techcrunch.com/2012/01/27/harvard-gets-its-first-vc-firm-the-experiment-fund/

Les montants investis dans les entreprises sont de 250 000 dollars, c’est-à-dire qu’il s’agit du premier tour. Mais il est capital car c’est celui qui permettra à l’étudiant de prendre la décision de créer son entreprise en étant certain de pouvoir la faire vivre pendant une période de quelques mois, faire quelques dépenses, etc. 

L’avantage d’être directement au contact des étudiants et des professeurs est d’être sur de ne pas rater le bon projet ou la bonne personnalité - d’être leur premier contact de financier et de les voir directement en situation. 

J’imagine que tout cela peut très simplement s’accompagner d’un programme dirigeant la jeune startup vers un incubateur approprié où elle pourra retrouver à la fois des camarades de fortune et des mentors pour l’assister dans son développement. 

Voir les facs héberger des VCs serait déjà quelque chose d’étonnant, mais pourquoi ne pas aller un cran plus loin ?Surtout dans la mesure où l’on commence à parler de financeurs publics locaux sous la forme de BPI régionalisées. Et ce serait sans doute un fonctionnement plus sain que celui qui consiste aujourd’hui à essayer de valoriser la PI des universités - tâche difficile à accomplir, notoirement compliquée à évaluer, et qui se révèle parfois être un frein au développement des spinoffs de la recherche. 

C’est une histoire californienne au parfum d’argent et de scandale, une histoire qui ferait certainement un excellent scénario - sur un sujet très proche de celui de The Social Network, de David Fincher, une histoire révélatrice de l’ambiance de Far West qui règne aujourd’hui sur le net américain - et de l’heureuse barrière qui existe sans doute encore entre bloggeurs et journalistes. 

Cette histoire c’est celle de Michael Arrington, le fondateur du très célèbre blog Techcrunch consacré à l’actualité du web et des startups, créé en 2005 et revendu à AOL en 2011 pour 30 millions de dollars - peu après que ceux-ci aient racheté le Huffington Post.

Mais voici quelques jours, Michael Arrington annonce qu’il s’apprête à créer une société de venture capital – un fonds d’investissement - pour entrer au capital des startups de l’Internet – dont bien sur celles dont il lui arrive de parler sur Techcrunch.

C’est donc la situation d’un journaliste, ou plutôt d’un patron de presse, qui se retrouverait capable de parler d’entreprises dans lesquelles il aurait lui-même investi.

Une situation immédiatement dénoncée par de grandes plumes comme David Carr du New York Times.

Alors certes, ce n’est pas la première fois que la presse et l’industrie sont tentés de rapprocher leurs intérêts – Le Figaro en sait quelque chose, mais le secteur de l’ex-bulle est particulièrement sensible à l’influence des médias.

D’autant qu’il ne s’agit pas de l’auteur d’un blog de gadgets qui se ferait offrir un nouveau téléphone portable contre la promesse d’un post positif, mais d’un des principaux porte-voix de la Silicon Valley dont les opinions et la couverture peuvent se traduire en dizaines de millions de dollars pour les entreprises qui en bénéficient – ou pas – et qui bénéficient surtout de la couverture et de l’argent de AOL.

Il est vrai que Michael Arrington est d’ores et déjà un investisseur sur ses fonds propres dans certaines startups, et il a toujours indiqué quand son site parlait d’une société où il était actionnaire, mais quid par exemple des situations où il pourrait parler négativement d’une entreprise concurrente de l’un de ses investissements.

Mais face aux pressions, il a finalement décidé – temporairement peut-être – de quitter le site qu’il avait fondé.

Déjà en mars 2009, face aux critiques et aux sirènes éthiques venant de l’univers du journalisme, Michael Arrington avait annoncé qu’il allait arrêter d’investir dans de nouvelles startups… avant de recommencer en avril 2011 avec une désinvolture et une immaturité qui me laissent personnellement pantois, mais je le cite :

Far West ou cour de récré ?  Je le cite : « Le reste de la presse va en faire ses choux gras, mais c’est parce qu’ils n’aiment pas le fait que nous soyons simplement meilleurs qu’eux »

Ou bien, dans un post plus récent – annoncé comme peut-être son dernier sur le site – et intitulé « indépendance éditoriale »  où il essaie de démontrer que l’indépendance de Techrunch est en réalité remise en cause par la politique de respect de la déontologie journalistique d’AOL et non par sa propre décision de se retrouver des deux cotés de la barrière.

Curieux raisonnement, curieuse histoire, curieux scénario… ce n’est sans doute pas pour rien que Michael Arrington a tenu à illustrer ce post d’adieu d’une image tirée d’un film de cinéma - 300, le film de Zack Snyder sur la bataille des guerriers spartiates au défilé des thermopyles… reste à savoir quel est le rôle que croit jouer le fondateur de Techcrunch.

Une chronique réalisée pour l’émission Le Rendez-Vous de Laurent Goumarre sur France Culture du 7 septembre 2011.