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2 posts tagged futur en seine
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Je viens juste d’avoir l’occasion de visiter l’Electronics and Telecommunication Research Institute (ETRI) à l’occasion d’un séjour à Séoul avec la Fondation Telecom.
Pour faire simple, l’ETRI est un laboratoire de recherche de pointe, très proche des principaux conglomérats industriels du pays, et spécialisé dans les nouvelles technologies touchant au web et au mobile. Comme c’est l’usage en Asie, ils disposent d’un très beau showcase à destination des visiteurs afin de leur montrer leurs nouvelles recherches et applications dans les meilleures conditions.
Naturellement, il ne s’agit pas de montrer les choses les plus pointues qui restent sans doute encore un peu cachées le temps qu’elles puissent être utilisées commercialement. Mais c’est quand même une bonne façon de se faire une idée de l’état de l’art de la recherche et de l’innovation en Corée.
Je ne ferai pas de comparaison entre ce qui peut être développé en France ou en Europe, et ce qui est développé dans ce pays. A chacun ses priorités et ses méthodes. Les outils coréens de l’innovation sont visiblement très différents de ce que l’on peut trouver en France, mais comment pourrait-il en être autrement dans un pays où Samsung représente à lui seul 20% du PIB.
Mais j’ai en revanche eu l’occasion de remarquer un point commun avec les difficultés que nous rencontrons parfois en France.
Je me souviens par exemple que, à l’occasion de Futur en Seine, la Région Ile-de-France avait financé une quinzaine de prototypes technologiques sur la base d’un appel à projet qui avait démarré aux alentours de 2008. Déployés en juin 2009, certains de ces prototypes - notamment ceux qui touchaient à la réalité augmentée - étaient déjà rejoints par des applications grands publics dès le mois d’août.
L’exemple du téléscope de réalité augmentée inventé par le CITU et Maurice Benayoun me semble exemplaire à cet égard. Ses bases conceptuelles et techniques restent encore aujourd’hui très en avance, mais des applications iPhone de réalité augmentée ont commencé à apparaître quelques semaines seulement après que celui-ci ait été présenté aux parisiens - et manifestement sans inspiration croisée.
L’innovation devient singulièrement difficile à saisir quand ce qui est encore un concept en juin 2008, devient un prototype en juin 2009, puis une application grand public massivement diffusée et médiatisée à peine 2 mois plus tard - et par des acteurs complètement différents de ceux qui avaient abordés le problème de façon conceptuelle.
Je n’ai pu m’empêcher de penser à la même chose en voyant l’une des technologies déployées au sein de l’ETRI.
En effet, pendant la visite de leur showcase, les représentants de l’ETRI nous ont fait grand cas de leurs technologies de Non-Photorealistic Rendering (NPR), c’est à dire des outils permettant de modifier une image pour lui faire prendre d’autre apparences - des espèces de SFX en temps réel.
Ils nous ont notamment démontré comment ils pouvaient prendre une photo de chacun d’entre nous et la transformer en un tableau à la manière de Manet en temps réel. Le tout était mis en avant de la plus belle façon à l’aide d’un gros écran LCD incrusté dans un cadre de tableau et surmonté d’une petite caméra.

Je ne l’avais pas pris en photo, mais le prototype en question est là sur la gauche de l’image.
Voilà par exemple ce que cela donne comme résultat, ici en flash, ou juste en dessous en image :

Mais voilà que le 14 juillet, je tombe sur une annonce “magic artist for the iphone” qui propose de transformer les images de la façon suivante :

Le logiciel a été développé par Philipp Lenssen (que je connais via le blog Google Blogoscoped, et Mike Dougherty - que je ne connais pas). Et l’application propose de réaliser une peinture sur la base d’une photo que vous créez.
Mieux, elle propose également de vous laisser “dessiner” la peinture à l’aide de quelques touches de doigts. De cette façon, aucune peinture ne sera jamais identique et sera autant le fruit de l’algorithme de traitement que de votre travail personnel.
Leur site web est ici : Magic Artist
Comme vous le voyez, nous sommes ici aussi dans une situation où la technologie a permis de produire une solution rapide et facilement diffusable auprès d’un grand nombre d’utilisateurs. Certes, j’imagine que l’algorithme et la technologie de Magic Artist sont moins performants que ceux de l’iPhone. Mais ils ont réussi à créer un produit et sont allés plus loin que l’ETRI en termes d’usage.
On ne peut que rester songeur en remarquant que deux développeurs ont réussi à produire quelque chose de très similaire au travail d’un grand laboratoire de recherche de renommée internationale.
L’innovation et la recherche ne sont plus identiques, elles ne suivent plus les mêmes processus et ne sont pas conduites par les mêmes acteurs.
On peut donc en déduire qu’une compétition est en train de s’installer et que, contrairement à ce qu’en pensent les acteurs traditionnels de l’innovation - chercheurs, laboratoires, etc. - il n’est pas certain que celle-ci soit forcément à leur avantage - le fait que des développeurs inconnus réussissent à réaliser des applications proches de leurs meilleurs prototypes devraient au moins les inciter à renouveler leur recrutement et leurs partenariats.
A moins que des mécanismes de coopération ne s’instaurent petit à petit - mais comment les amener ensemble à se considérer d’égal à égal pour échanger dans les deux sens ?
Update : Stéphane Singier, de Cap Digital, me précise quelques points intéressants. Pour info l’ETRI équivalent pourtant à l’Institut Telecom dispose au Siggraph d’un stand 10 fois plus grand, et même plus grand que celui de Cap Digital. Ils sont généralement très orientés com’ : plaquette, etc. et bel agencement spécifique qui doit être un investissement financier non négligeable.
Mais dès que l’on veut rentrer dans le détail d’une application, cela devient impossible. Ils ne sont là que pour de la visibilité.
Sur les rendus non photoréalistiques, il existe de nombreuses méthodes, soit pendant le calcul de l’image 3D avec des shaders de rendu un peu particulier : couleur en aplat, etc. Soit un post traitement de l’image déjà calculée et qui peut être également une photo ou un film décomposé en une succession de photos.
Ces traitements sont connus depuis de nombreuses années : Painterly Effects, etc. et les chercheurs échangent leurs méthodes et algos dans des manifs, notamment NPAR.ORG
Sans oublier plusieurs logiciels qui font des traitements non photo-realistiques : Painter, etc.