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2 posts tagged corée
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J’ai récemment été frappé de constater à quel point les laboratoires de recherche asiatiques savaient se doter d’importants outils de communication : showrooms, présentations, vidéos, maquettes, etc.
Je me demandais au départ s’il s’agissait d’une spécificité asiatique, mais Jean-Louis Fréchin a récemment twitté 2 vidéos réalisées par Philips en 1967 pour présenter evoluon, un bâtiment entier dédié aux nouvelles technologies, à leurs inventions, à la façon dont elles changent la vie, etc. : Evoluon – exemples d’exposition sur l’innovation
Si vous regardez les vidéos, vous constaterez que les moyens sont là. Le bâtiment est énorme et son architecture est impressionnante. La musique est originale et a été écrite spécialement par Jaap Hofland. Parents, enfants, badauts, le public se pressait à evoluon.
Autant d’éléments qui ont disparus de la vision occidentale de l’innovation, très centrée sur “la” recherche et sa “valorisation.” Un positionnement qui fait la part belle au progrès technologique mais qui laisse de coté l’innovation par la régression, l’open innovation, le peer-to-peer, l’importance des inputs externes, etc.
Au contraire, les asiatiques n’hésitent pas à mettre l’innovation en scène. Voyez plutôt ces quelques exemples.

Des maquettes incroyables, comme celle-ci présentant la zone industrielle de Songdo dont Henri Verdier a récemment parlé dans un de ses posts : Songdo City : le numérique en Corée, c’est de l’investissement lourd !

Des scénarisations comme celle-ci : les responsables de cernet, le renater chinois, vous demandent de vous asseoir dans une salle confortable, vous donnent quelques éléments d’information, puis ils éteignent les lumières et soudain les murs se révèlent être des miroirs sans taint qui découvrent la salle de contrôle de leur réseau juste derrière.

Des présentations ludiques…

Et bien sur, des showrooms comme ici celui de l’ETRI, un laboratoire public de recherche dont j’ai déjà parlé : En Corée comme en France, l’innovation est devenue très rapide, prend de nouvelles formes et se place en compétition avec la recherche…

Voire même un accueil personnalisé.
Que retirer de tout cela ?
Que les chercheurs et les innovateurs français et européens doivent faire des efforts de communication ? C’est certain.
Mais au-delà, j’ai ressenti autre chose. L’impression que l’innovation ne se limitait pas à la recherche et que cette façon de chercher à la présenter par différents angles était une manière d’essayer de l’aborder de façon synthétique dans toutes ses composantes.
C’est aussi l’impression que m’ont donné les vidéos de Philipps envoyées par Jean-Louis Fréchin.
Et, chose amusante, c’est assez précisément ce que commence à défendre la commission européenne en reliant culture, créativité et innovation ; et aussi en présentant le design comme un driver pour l’innovation user-centric.
In fine, il est toujours aussi difficile de définir exactement ce qu’est l’innovation, mais c’est peut-être aussi parce qu’il faudrait moins la considérer comme une catégorie intermédiaire entre la recherche et la commercialisation, et plus comme un processus, voire un état d’esprit.
Et dans ce cas, culture, design, communication, esthétique, morale, etc. sont autant d’éléments qui reprennent une place essentielle au coeur du processus d’innovation.
Mais c’est tout un travail qui reste à faire.
Et comme le rappelle Jean-Louis Fréchin : les expositions sur la science et l’innovation sont des défis, mais des symboles forts de mise en mouvement… La région Ile-de-France à crée Futur en Seine pour cela..
Je viens juste d’avoir l’occasion de visiter l’Electronics and Telecommunication Research Institute (ETRI) à l’occasion d’un séjour à Séoul avec la Fondation Telecom.
Pour faire simple, l’ETRI est un laboratoire de recherche de pointe, très proche des principaux conglomérats industriels du pays, et spécialisé dans les nouvelles technologies touchant au web et au mobile. Comme c’est l’usage en Asie, ils disposent d’un très beau showcase à destination des visiteurs afin de leur montrer leurs nouvelles recherches et applications dans les meilleures conditions.
Naturellement, il ne s’agit pas de montrer les choses les plus pointues qui restent sans doute encore un peu cachées le temps qu’elles puissent être utilisées commercialement. Mais c’est quand même une bonne façon de se faire une idée de l’état de l’art de la recherche et de l’innovation en Corée.
Je ne ferai pas de comparaison entre ce qui peut être développé en France ou en Europe, et ce qui est développé dans ce pays. A chacun ses priorités et ses méthodes. Les outils coréens de l’innovation sont visiblement très différents de ce que l’on peut trouver en France, mais comment pourrait-il en être autrement dans un pays où Samsung représente à lui seul 20% du PIB.
Mais j’ai en revanche eu l’occasion de remarquer un point commun avec les difficultés que nous rencontrons parfois en France.
Je me souviens par exemple que, à l’occasion de Futur en Seine, la Région Ile-de-France avait financé une quinzaine de prototypes technologiques sur la base d’un appel à projet qui avait démarré aux alentours de 2008. Déployés en juin 2009, certains de ces prototypes - notamment ceux qui touchaient à la réalité augmentée - étaient déjà rejoints par des applications grands publics dès le mois d’août.
L’exemple du téléscope de réalité augmentée inventé par le CITU et Maurice Benayoun me semble exemplaire à cet égard. Ses bases conceptuelles et techniques restent encore aujourd’hui très en avance, mais des applications iPhone de réalité augmentée ont commencé à apparaître quelques semaines seulement après que celui-ci ait été présenté aux parisiens - et manifestement sans inspiration croisée.
L’innovation devient singulièrement difficile à saisir quand ce qui est encore un concept en juin 2008, devient un prototype en juin 2009, puis une application grand public massivement diffusée et médiatisée à peine 2 mois plus tard - et par des acteurs complètement différents de ceux qui avaient abordés le problème de façon conceptuelle.
Je n’ai pu m’empêcher de penser à la même chose en voyant l’une des technologies déployées au sein de l’ETRI.
En effet, pendant la visite de leur showcase, les représentants de l’ETRI nous ont fait grand cas de leurs technologies de Non-Photorealistic Rendering (NPR), c’est à dire des outils permettant de modifier une image pour lui faire prendre d’autre apparences - des espèces de SFX en temps réel.
Ils nous ont notamment démontré comment ils pouvaient prendre une photo de chacun d’entre nous et la transformer en un tableau à la manière de Manet en temps réel. Le tout était mis en avant de la plus belle façon à l’aide d’un gros écran LCD incrusté dans un cadre de tableau et surmonté d’une petite caméra.

Je ne l’avais pas pris en photo, mais le prototype en question est là sur la gauche de l’image.
Voilà par exemple ce que cela donne comme résultat, ici en flash, ou juste en dessous en image :

Mais voilà que le 14 juillet, je tombe sur une annonce “magic artist for the iphone” qui propose de transformer les images de la façon suivante :

Le logiciel a été développé par Philipp Lenssen (que je connais via le blog Google Blogoscoped, et Mike Dougherty - que je ne connais pas). Et l’application propose de réaliser une peinture sur la base d’une photo que vous créez.
Mieux, elle propose également de vous laisser “dessiner” la peinture à l’aide de quelques touches de doigts. De cette façon, aucune peinture ne sera jamais identique et sera autant le fruit de l’algorithme de traitement que de votre travail personnel.
Leur site web est ici : Magic Artist
Comme vous le voyez, nous sommes ici aussi dans une situation où la technologie a permis de produire une solution rapide et facilement diffusable auprès d’un grand nombre d’utilisateurs. Certes, j’imagine que l’algorithme et la technologie de Magic Artist sont moins performants que ceux de l’iPhone. Mais ils ont réussi à créer un produit et sont allés plus loin que l’ETRI en termes d’usage.
On ne peut que rester songeur en remarquant que deux développeurs ont réussi à produire quelque chose de très similaire au travail d’un grand laboratoire de recherche de renommée internationale.
L’innovation et la recherche ne sont plus identiques, elles ne suivent plus les mêmes processus et ne sont pas conduites par les mêmes acteurs.
On peut donc en déduire qu’une compétition est en train de s’installer et que, contrairement à ce qu’en pensent les acteurs traditionnels de l’innovation - chercheurs, laboratoires, etc. - il n’est pas certain que celle-ci soit forcément à leur avantage - le fait que des développeurs inconnus réussissent à réaliser des applications proches de leurs meilleurs prototypes devraient au moins les inciter à renouveler leur recrutement et leurs partenariats.
A moins que des mécanismes de coopération ne s’instaurent petit à petit - mais comment les amener ensemble à se considérer d’égal à égal pour échanger dans les deux sens ?
Update : Stéphane Singier, de Cap Digital, me précise quelques points intéressants. Pour info l’ETRI équivalent pourtant à l’Institut Telecom dispose au Siggraph d’un stand 10 fois plus grand, et même plus grand que celui de Cap Digital. Ils sont généralement très orientés com’ : plaquette, etc. et bel agencement spécifique qui doit être un investissement financier non négligeable.
Mais dès que l’on veut rentrer dans le détail d’une application, cela devient impossible. Ils ne sont là que pour de la visibilité.
Sur les rendus non photoréalistiques, il existe de nombreuses méthodes, soit pendant le calcul de l’image 3D avec des shaders de rendu un peu particulier : couleur en aplat, etc. Soit un post traitement de l’image déjà calculée et qui peut être également une photo ou un film décomposé en une succession de photos.
Ces traitements sont connus depuis de nombreuses années : Painterly Effects, etc. et les chercheurs échangent leurs méthodes et algos dans des manifs, notamment NPAR.ORG
Sans oublier plusieurs logiciels qui font des traitements non photo-realistiques : Painter, etc.