Avec Frédéric Martel, la nouvelle vague 2010, c’est le mainstream
Un exemple qui aurait pu être dans Mainstream : Bust The Window Out Your Car, une cover d’une chanson de Jazmine Sullivan dans Glee, une série tv américaine reprenant les méthodes de Broadway, par le créateur de Nip/Tuck - et diffusée sur un site internet coréen
Depuis plusieurs semaines Frédéric Martel est assez violemment attaqué pour la sortie de “Mainstream”. Cela a notamment commencé par une critique très dure dans Le Monde (l’article est réservé aux abonnés - ni très mainstream, ni très moderne), suivie d’une critique tout simplement agressive dans Le Nouvel Obs - allant même jusqu’à provoquer une réaction dans l’édito de Jacques Julliard.
Le message de Mainstream est simple et paraît de bon sens en 2010 : il s’agit de pousser les acteurs des industries culturelles à sortir de la logique micro/macro.
Autrement dit, en 2010, est-il encore pertinent d’opposer culture locale contre culture globale, culture élitiste contre culture grand public, culture traditionnelle contre culture moderne, humanités contre nouveaux médias, etc. ?
Poussée par une analyse empirique fondée sur d’innombrables interviews et études de cas, Frédéric Martel pense qu’il faut changer de modèle.
On ne peut plus sérieusement opposer la Culture et le Mainstream. Les grands succès populaires du cinéma, de la littérature, de la chanson ou du jeu vidéo révèlent autant de talents d’artistes que les oeuvres rencontrant un succès moins immédiat.
L’expérience démontre que les deux mondes peuvent désormais parfaitement cohabiter, et même instaurer une intéressante zone grise entre eux deux. Les conditions économiques et culturelles le permettant, il devient de plus en plus courant de voir des artistes multi-équilibristes passer de l’underground au mainstream, du cinéma à la bande-dessinée, du jeu vidéo à la littérature, de la performance à la photographie, etc.
Et au niveau international, les innombrables exemples présentés par Frédéric Martel de petites cultures puissantes (Al-Jazeera, Rotana, la musique et la tv coréennes, etc.) démontrent que culture locale et globale peuvent aussi vivre ensemble. En fait, on en vient même à se demander si elles ne sont nécessaires l’une à l’autre. Globale ou locale, les industries culturelles doivent rester éducatives pour pousser leur public à être réceptif à l’originalité, au talent, à la qualité… d’où qu’ils viennent.
Mais, sans le dire, c’est véritablement un programme politique que nous propose Frédéric Martel. Et c’est sans doute ce qui suscite inconsciemment bon nombre des critiques qui lui sont adressées.
L’enjeu est pourtant essentiel. La force de frappe américaine est évidemment liée à une stratégie culturelle et commerciale internationale pensée comme une big picture et véhiculant des intérêts bien plus larges que ceux du seul cinéma hollywoodien. Le Japon et la Corée ont adopté la même vision et considèrent désormais que la culture est une infrastructure immatérielle essentielle à leur compétitivité. Le Cool Japan doit être un vecteur d’expansion de l’économie japonaise. La Corée doit vendre ses séries tv à la Chine pour continuer à exister intellectuellement. Tous deux disposent désormais d’une doctrine gouvernementale sur ces questions, et la Commission Européenne commence à aborder le problème de la même façon, commençant désormais par préparer sa politique culturelle en mesurant l’impact de la culture sur le PIB européen.
Il s’agit donc bien de Soft Power et l’ambition du livre est politique. Il tombe à point à un moment où la France ne dispose pas encore d’un programme renouvelé sur ces questions. C’est ce qui justifie la quantité phénoménale de travail qu’il représente, et c’est ce qui fait son intérêt.
PS 1 : quelques liens supplémentaires
- Frédéric Martel vient justement de rédiger une note pour Terra Nova intitulée Culture : pourquoi la France va perdre la bataille du “soft power”
- Si vous souhaitez plus d’informations sur Mainstream, la page Facebook du livre est très complète et renvoie vers l’éditeur ainsi que vers tous les articles et émissions qui en ont parlées
- Sur la politique japonaise en matière d’industries culturelles, nous venons de publier une note relative au marché du jeu vidéo, mais qui donne une bonne idée de leur vision générale.
- Idem sur la corée, nous venons de publier une étude et une note détaillant notamment la façon dont le gouvernement coréen soutient depuis plusieurs années l’indudstrie du jeu vidéo online en espérant faire de son succès mainstream un fer de lance à l’étranger, et un soutien pour d’autres artistes locaux.
PS 2 : pour ceux qui auraient aimé la vidéo de Glee, et pour bien faire comprendre à quel point ces nouvelles oeuvres explorent également de nouveaux modèles créatifs et économiques, le dernier épisode de Glee (19) était réalisé par Joss Whedon en guest director, le créateur de Buffy, et le premier à avoir expérimenté les séries tv - comédie musicale à l’occasion d’un épisode intégralement chanté ; mais aussi l’un des premiers à avoir expérimenté avec succès les web séries avec Dr Horrible Sing Along Blog, une web série - comédie musicale - avec Neal Patrick Harris… lequel était lui même invité sur le dernier épisode de Glee.